Il était une fois...Jérôme

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Je sentais chez Valentine un désir tout neuf, tout chaud. Voir son corps caressé par le soleil au bord de la piscine, me rendait envieux, jaloux. Mes mains avaient faim de sa peau, mes lèvres, soif de son souffle. N'en pouvant plus, je l'ai enlacé, j'ai retrouvé le doux parfum de ses cheveux, que la providentielle blessure à la cheville m'avait permis de sentir. Mes mains se rassasiaient dans le bas de son dos, où le relief se prêtait à d'agréables sensations. L'écartant de moi, je m'entends lui dire:- je peux t'embrasser? J'ai vu passer dans ses yeux, 2 étoiles filantes; je me suis dit: mon Jérôme, tu as du forcé sur la dose! Elle me répond: pas ici, allons dans la maison! Je m'étais préparé à une réaction, mais pas celle-là... Elle me prend d'une main moite d'excitation et m'entraîne jusque dans un couloir. Qu'elle était belle dans la pénombre! Je me suis approché, l'ai à nouveau enlacé; son corps vibrait sous mes doigts; les yeux fermés, la bouche offerte, comme l'oisillon attendant la becquée, elle attendait mes baisers. Si fragile, visage de cristal, je commençais par le front perlé. Le parfum des Cévennes arrosait mes narines de fragrances enivrantes. A l'orée de la bouche, des abeilles avaient laissé de leur production dont je me délectais. Puis mes lèvres se posèrent sur les siennes. La chaleur de son souffle envahit ma gorge, frappant au passage mes papilles d'une saveur fruitée... Je reconnu le jus d'orange siroté au bord de la piscine.

A 15 ans, j'étais plutôt timide avec les filles. J'avais conscience que je plaisais mais je n'arrivais pas à franchir le pas... Avec Valentine, ma cousine, notre camaraderie me mettait à l'aise. Nos corps évoluaient ensemble et les sentiments avec. Nos jeux de gosses se muaient en découverte de sensations euphorisantes. L'addiction nous guettait. Dans ce premier baiser, je sentis les prémices d'une transformation de tout mon être. J'aurai voulu arrêter le temps. Bien que des émotions nouvelles venaient troubler ma physiologie, je ne voulais pas la brusquer. En reprenant mon souffle, je m'entends lui murmurer: je t'aime...

 

Jusqu’à cet instant, je ne savais donner un sens à cette phrase si définitive : « Je t’aime ». Instinctivement, j’avais dégrafé sa balconnière et ma main droite s’était empressée de venir soutenir cette jolie pomme. Elle épousait la forme de ma paume et son petit téton venait charmer ma ligne de vie. Je sentais la chaleur de son cœur ; la douce batterie augmentait son rythme, sa respiration saccadait, un vent de panique souffla dans son esprit ; ses yeux me le criaient. Je relâchais la pression, laissant nos peaux s’habituer et le calme revint dans son corps. J’avais fait cela sans réfléchir, comme une évidence, un film qu’on a déjà vu. Nombre de fois, j’avais désiré son corps, depuis ce début de juin ; nos jeux aquatiques n’étaient que prétexte à mon voyeurisme impudique. Comme le jeune chêne, mon amour pour Valentine avait évolué depuis notre enfance. Je ne pouvais concevoir ma vie qu’à ses côtés, qu’importe les autres !

Je l’emmène dans ma chambre ; il fait frais ; notre nudité nous tient chaud. Nous occupons le lit, et je la regarde : ses collines, ses vallées, un paysage où j’aimerai me perdre. Fasciné par temps de trésors à explorer, j’ai dû niaiser :

-      Valentine, je t'aime depuis tellement longtemps, il n'y a qu'aujourd'hui que j'ose te le dire. Tu es belle et j'aime tout de toi. Quand tu m'as tendu ton visage tout à l'heure ta bouche était comme une fleur rouge, avec un parfum d'orange et j'ai eu le sentiment de m'y poser pour la butiner, comme un colibri...

Un colibri ! Pourquoi pas une galinette cendrée !

Il y a des fois, vaut mieux se taire… Mais l’émotion nous fait perdre notre prose ; ainsi j’ai ajouté : - Ton sein est un oiseau fragile, ton oeil est un puits où je veux te donner à lire ma vie...

Ne cherchez pas à comprendre, c’est de la poésie ! Cela ne veut pas dire grand chose, mais c’est efficace… En vérité, je n’avais qu’une envie : faire un bouche à bouche à l’oiseau fragile ; je cherchais dans son œil, la paille sur laquelle je voulais m’étendre.  Elle se serra contre moi…

 

Quel bonheur cet abandon ! Tel un marsupial, je l’enlaçais, l’enroulais ; fusion de deux aimants que tout oppose et donc s’attirent. Ma bouche étant libre de tout marquage, je profitais d’un espace sur l’aile gauche pour venir coller quelques baisers sur l’épaule dénudée. Un frisson s’afficha de suite : 1-0 ; prenant cette réaction pour un accord, j’entrepris la descente par la face nord et enchaîna des maillons sensuels sur cette peau sucrée. N’étant pas diabétique, c’est dans le creux de ses reins que je devins serein…


 

De nouveau face à sa poitrine, mon émoi s’intensifie et ma bouche ne cesse de se repaître de sa peau offerte à mes sens exacerbés. Les deux oiseaux fragiles sont réanimés plusieurs fois, présentant une tension bien palpable. Mes mains parcouraient son corps à la recherche du moindre oasis de plaisir. Pour la première fois, j’explorais le territoire secret de mon aimée et j’avais hâte d’en connaître le moindre millimètre. Mais je savais une chose sur les filles, non pas par expérience, mais de par mes lectures San-Antonionesques, que la première fois était une épreuve délicate dont il fallait en admettre l’échec. C’est donc avec délicatesse et douceur que j’aventurais ma main vers la grotte miraculeuse. En approche du taillis protecteur, je sentais les prémices d’un tremblement de peau ; l’atmosphère était lourde, l’orage menaçait… Mais qui ne tente rien n’a rien, je décidais donc d’avancer chemin. Mal m’en prend, puisque 2 cm plus tard deux collines se dressent et enserrent ma main, manquant de me broyer les doigts. Je sentis dans ce geste la foudre de la peur tétaniser les cuisses de Valentine :     - Si tu m'aimes, va-t-en ! me crie-t-elle en se redressant brusquement. La porte du pénis entier se refermait ! Je devais remettre à plus tard cet effleurement propice à des plaisirs fusionnels. Je me levais honteux de la protubérance qui déformait mon slip de bain et sortis de la chambre. Je couru dehors et plongeais tête la première dans l’eau fraîche de la piscine. Je restais sous l’eau un bon moment, me demandant si je devais remonter ou couler. Gravir la montagne et chuter au moment de planter le drapeau, remet l’orgueil à sa place. Puis, je me laissais flotter sur l’eau, regardant le ciel ; le plaisir que j’ai eu à escalader, ne vaut-il pas autant que l’accès au sommet. L’espoir d’atteindre le but est beaucoup plus jouissant que le but lui-même. Je savais que bientôt nos jeux amoureux recommenceraient, car elle m’aimait et je l’aimais. A 15 ans, cet après-midi de juin, dans la Cévenne, j’avais pris conscience que l’amour que m’inspirait Valentine serait éternel…

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