La voie du sage (3) : mine déconfite
Le soleil est monté un peu plus dans le ciel, et mon estomac est descendu dans les talons. – Vous avez déjeuné Coraly ?, l’interpellai-je. Ou dois-je vous appeler Jenny ? – Comment ! Vous connaissez mon prénom ! Mais alors ! Vous êtes Kloo ! – En personne, jolie fleur !, l’approuvai-je ; je loue votre perspicacité. – Mais comment avez-vous fait pour me trouver ?, s’inquiéta-t-elle. – On dit souvent que les grands esprits finissent par se rencontrer ; depuis le début du mois d’août, je viens tous les jours dans ce parc, en me disant, que je finirai par croiser votre route. Et la semaine dernière, je vous ai aperçu sur ce banc, le livre dans les mains ; je suis donc revenu tous les jours ; je vous ai regardé de loin sans oser m’approcher, comme quand j’avais 15 ans. On n’entre pas dans la vie d’un ange en sonnant du clairon. J’ai guetté le moment pour m’introduire dans votre périmètre. – Pourquoi tu me vouvoies alors que sur le blog, tu me tutoies ? – La réalité des relations humaines est basée sur le respect de l’autre ; derrière le masque du blog, il est facile de nouer des contacts familiers mais sans substance. La politesse veut qu’on s’adresse à une personne qu’on rencontre en la vouvoyant, car dans ce mot, il y a voyant… A ce propos accepteriez-vous une invitation à déjeuner ? – Dit comme cela, ça ne se refuse pas !, apprécia-t-elle. Elle range son livre et nous nous levons ; nous remontons en direction des allées. Un silence remplit nos bouches ; nos esprits se jugent et échafaudent des stratégies. Sabrant le chant des cigales, je lui propose : - Un restaurant chinois, cela vous tente ? Je connais bien le China Town, la cuisine est excellente, argumentai-je. – Et en plus, il n’est pas loin, approuva-t-elle. Nous descendons donc l’avenue Saint-Saens, passons devant le palais des Congrès et arrivons devant le restaurant. Fermé pour congés ! J’avais oublié que pendant le mois d’août et notamment pendant la féria, les asiatiques préfèrent se reposer ailleurs. Devant ma mine déconfite, Jenny vient à mon secours : - Ce n’est pas grave ! J’habite tout près d’ici ; on peut aller manger chez moi ! ( A suivre !)