Perle 8: Petit coquin !

Publié le par kloopaysages

Perle et Germaine en étaient à leur vingtième remontée de piste, ce jeudi ; leur taxi, cette fois, était une jeune allemande de 22 ans venue s’initier aux plaisirs de la glisse sous toutes ses formes… 16 heures, le ciel sur la station était clair ; quelques nuages s’annonçaient de Grenoble, mais Sophia les jugea négligeables et se laissa attraper par le remonte-pente. Direction le Pic de la belle étoile, 2718 m, et le hors-piste … Les skis dans les bras, seul René, tombé sous le charme de la jeune fille, avait accepté de l’accompagner ; il faisait partie des guides de haute-montagne de la station ; pur savoyard de 34 ans, il connaissait très bien la montagne des Sept-Laux. Assis à côté d’elle, il gouttait au silence de sa présence, humait son parfum de fleur d’oranger, s’imaginait dans le refuge, au coin du feu, lui récitant des poèmes allemands qu’il a appris par cœur ; son germanisme étant rudimentaire, il avait pris soin d’emporter un dictionnaire de poche. Sophia s’était découragée à comprendre le français et n’avait emmené comme vocabulaire que le minimum vital… Arrivés à destination, ils sautèrent ensemble de la nacelle, et regardèrent le sommet du pic ; les yeux de Sophia brillaient; pas ceux de René qui vit d’un mauvais œil, les moutons brumeux décidés à gravir la montagne avant eux. Ne voulant pas gâcher le plaisir de sa compagne, il cacha son inquiétude et se lança en premier sur le GR balisé ; le chemin serpentant dans les massifs boisés, menait au seul refuge de ce versant. La montée était progressive et ne nécessitait pas d’effort particulier pour une jeune sportive. Le soleil qui avait éclairé d’une lumière brillante la plate-forme d’arrivée du remonte-pente, commençait à jouer à cache-cache entre la brume et les arbres. L’objectif de René était d’arriver avant la nuit au refuge, car le froid mordait déjà les joues rouges de l’allemande, qui exhalait des perles de son souffle. La neige augmentait en épaisseur, obligeant nos deux aventuriers à chausser leurs raquettes. Cette halte était la bienvenue ; ils en profitèrent pour s’abreuver du café préparé dans la bouteille thermique par Sophia ; ce fut l’occasion d’échanger les premiers mots depuis le départ. – Die landschaft ist schön ! s’essaya le savoyard. – Ya ! Aber mir ist kalt, répondit-elle ; wieviel kilometer für die Ankuft? – Nous sommes à 1 kilomètre environ du refuge, lui indiqua René en montrant son pouce ; veux-tu que je te réchauffe ? – Was ist Réchauffe ? interrogea la jeune femme. Il remua ses bras en s’entourant avec et en se frottant  pour lui montrer. – Hmmmm ! Petit coquin ! Repartons vite ; nous réchauffer au maison…


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Publié dans Ecritures

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