La voie du sage (5) : emporté par la fougue !
Nous avons savouré en silence la succulente chichoumée, qu’elle nous avait réchauffée ; nous nous observions, recherchant dans le regard de l’autre un signe, un message pour démarrer une discussion. Je pris alors un morceau de papier dans ma poche, et écrivis dessus : - Nous étions plus à l’aise sur le blog ! Je lui tendis d’une main ferme. Ses yeux s’étonnèrent sur le bristol et ses doigts tâtonnèrent pour s’en emparer. Elle le lut et un sourire se dessina sur ses lèvres. – Oui, effectivement, approuva-t-elle, je suis timide et le masque de l’écran me facilite les relations. Ce n’est pas facile de se retrouver en tête à tête avec ce qui n’était que des mots ou des images. Pourquoi à cet instant, j’eus cette folle envie de l’embrasser ? Sûrement pour lui prouver qu’il n’y avait plus d’écran. Elle se leva pour prendre une corbeille de fruits, offrant sa silhouette féline à mes yeux gourmands. Elle s’approcha de moi pour poser la coupe sur la table ; son parfum de fleur d’oranger revint éblouir mes sinus. Je lui saisis le poignet qu’elle avait fin mais ferme, porta sa main à ma bouche et lui apposa un délicat baiser. – Tu vois, Jenny, ce baiser là n’est pas virtuel !, ironisai-je. Et les sensations qu’il provoque dans nos corps non plus… Je l’attirai vers moi et enserra sa taille ; je sentais son cœur s’emballer ; ma tête contre sa poitrine, je m’inondais de sa chaleur ; je soulevai son chandail et entrepris de goutter sa peau. Egoïstement, je me gavais de son corps sans même me préoccuper de son plaisir. Je me levais, la pris dans mes bras et l’emmena jusqu’au canapé ; mes sens m’avaient transformé en animal, je me jetai sur elle, la déshabillai… Quand j’entendis me dire :- Monsieur ! Monsieur ! Réveillez-vous ! Le parc va fermer… J’ouvris les yeux sur un agent moustachu à la mine réjouie et aux joues bien rouges. – Mais, quelle heure est-il ? lui demandai-je. – Il est 19 heures ; l’heure de la fermeture ! répondit-il. Je me redresse, regarde autour de moi ; le banc d’en face est vide. J’avais passé l’après-midi à dormir sur ce banc… Peut-être est-elle venue aujourd’hui ! Ou peut-être pas… (Fin)