Perle 10: Chaud le marron !
Claudine avait offert aux deux arrivants un bol de chocolat chaud ; René, dans un premier temps avait grimacé, mais il avait trop froid pour faire le difficile ; d’autant plus qu’elle avait ajouté un peu de génépi ; suffisamment pour faire passer le goût et redonner des couleurs à Sophia ; elle n’avait pas sourcillé en buvant la boisson qui lui rappelait le schnaps de son grand-père. Bien que ne comprenant pas tout, elle appréciait les échanges amicaux entre leurs hôtes et son guide. Mais la montée avait laissé des traces sur son jeune corps, et ses paupières appelaient à la fermeture. C’est Michel qui s’en aperçu et au milieu d’une conversion lui glissa : - Fräulein commence à compter les chamois ; si elle veut atteindre le pic demain, elle devrait aller faire la bise à Morphée ! Il y a 2 pièces de 4 couches, vous n’avez qu’à vous mettre dans la deuxième. Joignant le geste à la parole, il réussit à se faire comprendre. – Nein, moi dormir seule ! protesta l’allemande. – Comme vous voulez ! Je me demande ce que tu lui as fait, René ! Mais, je crois que tu es chaud marron ! – Bah, rien justement ! se désola l’interpellé ; c’est pas mon jour…
Perle avait sentit la différence de température quand la jeune femme était entrée dans le chalet ; elle retrouva sa tenue de goutte, mais les mailles serrées en coton du survêtement la retenaient fortement. Ce n’est qu’au bout d’une heure, qu’elle put s’en détacher ; quelques gouttes de sudation, consécutives à une agitation répétitive, l’avaient rejoint et pris sa place ; elle profita pour sauter sur la jambe. Mais l’épilation étant largement répandue chez les jeunes germaniques, elle glissa jusqu’au pied. Elle y resta tranquille jusqu’au moment où les jambes furent introduites dans un duvet en plume d’oie. L’ambiance y était moins agréable ; on sentait qu’il n’y avait pas que des gouttes de parfum qui étaient passées par là. Comptant sur la brièveté du séjour, elle s’accrocha à un poil du mollet qui avait échappé à la cire…
Sophia avait fini par s’endormir, malgré un mal de tête qu’elle attribua à l’alcool du chocolat. C’est vers 1 heure du matin qu’elle se réveilla en sursaut ; elle suait fortement et avait très froid ; elle releva son tronc et mit un certain temps pour reconnaître la chambre du chalet ; elle n’entendait aucun bruit. Elle s’empara de sa lampe torche, se leva et alla vérifier la cheminée dans la pièce voisine. Pas une étincelle n’émergeait de l’âtre ; l’obscurité aggravait la sensation de froid; elle ouvrit la deuxième chambre : personne ; aucune affaire ; aucune trace de ses trois compagnons ; elle se précipite à la porte de sortie ; elle l’ouvre ; la neige tombe abondamment ; elle dirige sa lampe sur les chiens et le traîneau : rien ! Une angoisse la submerge, on l’aurait abandonnée dans ce refuge. Elle referme la porte, se retourne, balaye son faisceau fantôme dans la pièce ; elle pousse un cri : - Vati ! Was macht du hier ?